Musa Pedestris

Victor Hugo, “Letter XX: From Lorch to Bingen,” The Rhine, tr. D. M. Aird (New York: Worthington Co., 1886), pp. 165-166:

Nothing to me is more pleasing than traveling on foot. We are free and joyous. No breaking down of wheels, no contingencies attendant on carriages. We set out; stop when it suits us; breakfast at a farm or under a tree; walk on, and dream while walking — for traveling cradles reverie, reverie veils fatigue, and the beauty of the country hides the length of the road. We are not traveling — we wander. Then we stop under the shade of a tree, by the side of a little rivulet, whose rippling waters harmonize with the songs of the birds that load the branches over our heads. I saw with compassion a diligence pass before me, enveloped in dust, and containing tired, screwed-up and fatigued passengers. Strange that those poor creatures, who are often persons of mind, should willingly consent to be shut up in a place where the harmony of the country sounds only in noise, the sun appears to them in clouds, and the roads in whirlwinds of dust. They are not aware of the flowers that are found in thickets, of the pearls that are picked up amongst pebbles, of the Houris that the fertile imagination discovers in landscapes! — musa pedestris. Everything comes to the foot-passenger. Adventures are ever passing before his eyes.

The original, from Le Rhin, Vol. II (Paris: J. Hetzel & Cie., 1800), p. 3:

Rien n’est charmant, à mon sens, comme cette façon de voyager. – A pied ! – On s’appartient, on est libre, on est joyeux ; on est tout entier et sans partage aux incidents de la route, à la ferme où l’on déjeune, à l’arbre où l’on s’abrite, à l’église où l’on se recueille. On part, on s’arrête, on repart ; rien ne gêne, rien ne retient. On va et on rêve devant soi. La marche berce la rêverie ; la rêverie voile la fatigue. La beauté du paysage cache la longueur du chemin. On ne voyage pas, on erre. à chaque pas qu’on fait, il vous vient une idée. Il semble qu’on sente des essaims éclore et bourdonner dans son cerveau. Bien des fois, assis à l’ombre au bord d’une grande route, à côté d’une petite source vive d’où sortaient avec l’eau la joie, la vie et la fraîcheur, sous un orme plein d’oiseaux, près d’un champ plein de faneuses, reposé, serein, heureux, doucement occupé de mille songes, j’ai regardé avec compassion passer devant moi, comme un tourbillon où roule la foudre, la chaise de poste, cette chose étincelante et rapide qui contient je ne sais quels voyageurs lents, lourds, ennuyés et assoupis ; cet éclair qui emporte des tortues. -oh ! Comme ces pauvres gens, qui sont souvent des gens d’esprit et de cœur, après tout, se jetteraient vite à bas de leur prison, où l’harmonie du paysage se résout en bruit, le soleil en chaleur et la route en poussière, s’ils savaient toutes les fleurs que trouve dans les broussailles, toutes les perles que ramasse dans les cailloux, toutes les houris que découvre parmi les paysannes l’imagination ailée, opulente et joyeuse d’un homme à pied ! Musa pedestris. Et puis tout vient à l’homme qui marche. Il ne lui surgit pas seulement des idées, il lui échoit des aventures

Camille Corot, Un Chemin montant (c. 1830)